Entretien avec Leila Shahid : " La résitance à Ghaza a fait basculer l'opinion internationale"

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Interview réalisée par Mounir Cheriffa, Midi Libre-bureau de Paris

Edition du 3 janvier 2009

La résistance du peuple palestinien a arraché des acquis, des petites victoires au regard des longues souffrances qu'il endure depuis le début de sa tragédie il y a une soixantaine d'années. Petites victoires, mais signes indéniables que le monde ouvre de plus en plus les yeux sur les droits de ce peuple martyr dont la voix a été pendant longtemps otage des seuls politiques très peu enclins à le rétablir dans ses droits sur 22% de la Palestine historique reconnus par la communauté internationale. L'opinion publique mondiale, particulièrement bouleversée par l'agression israélienne de l'hiver dernier, manifeste de diverses manières sa solidarité à sa cause. Israël, qui poursuit toujours sa politique de déni de droit, croyant pouvoir compter indéfiniment sur l'impunité dont il a toujours joui, est de plus en plus sur la sellette : accusé de crimes de guerre, voire de crimes contre l'Humanité par le rapport Goldstone, ses hauts responsables militaires et politiques hésitent à se déplacer de crainte de tomber sous le coup de mandats d'arrêt ...En novembre, l'Union européenne a appuyé la création d'un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. La communauté internationale exige unanimement l'arret de la colonisation y compris à Jérusalem-Est... Ces petites victoires sur le chemin de la Palestine, rendues possibles grace d'abord à la lutte du peuple palestinien, ont même permis d'envisager, du fait de l'enlisement des négociations de paix, une proclamation unilatérale d'un Etat palestinien, chose impensable il y a encore un an. Oui, un vent d'optimisme souffle timidement mais sûrement malgré le blocus, malgré les différents murs de la honte érigés pour étouffer la voie d'un peuple et en dépit même des différends palestiniens, et cela parce qu'il est impensable qu'une cause juste et aussi dramatique que celle des Palestiniens reste plus longtemps dans le non-droit. En ces jours anniversaires de l'attaque contre Ghaza qui mettent sous une lumière crue l'iniquité de la politique de l'occupant israelien, ou le monde communie avec ses habitants dont rien n'arrive à briser le moral patriotique, il est instructif d'entendre une voix militante, une voix de Palestine nous expliquer le génie de son peuple et de sa résistance...

Midi Libre : Récemment, le conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE a adopté un texte contraignant pour Israël, en exigeant le retour aux frontières de 1967 avec Jérusalem capitale de deux Etats. Considérez-vous ce texte comme une victoire alors que ce texte intervient un an après les tragiques bombardements sur Ghaza ?
Leïla Shahid : C'est une énorme satisfaction de constater que les quatre dernières années passées à Bruxelles en assurant la délégation de Palestine auprès de l'UE n'ont pas été vaines, car ce texte veut dire que notre mission a servi à quelque chose. Je crois que la raison principale de cette petite victoire est la résistance du peuple palestinien auquel il faut rendre hommage. Vous savez qu'à Jérusalem tout le monde s'est félicité de l'élection du nouveau maire parce qu'il n'est pas religieux, mais il s'est avéré plus dangereux. Ce maire de la droite israélienne a déclenché, avec le soutien des autorités israéliennes, une campagne de colonisation sans précédant. 4.577 permis de résidence ont été retirés à des Palestiniens. Il faut que vous sachiez que les Palestiniens doivent avoir des permis de résidence afin de pouvoir vivre sur leur propre terre comme s'ils étaient des étrangers auxquels on accorde un permis de séjour. C'est vingt et une fois de plus que l'année dernière, de plus des expulsions de familles a lieu tous les jours. Ajouter à cela le mur de "l'apartheid" qui fait neuf mètres de haut et qui annexe de fait Jérusalem. Le mur de Berlin à côté a l'air d'être un pitoyable édifice. Je salue le courage des personnes qui sont restés sur les ruines de leurs maisons dynamitées, refusant d'aller ailleurs et de quitter Jérusalem pour satisfaire au plan d'épuration ethnique mis en œuvre par Israël. Il faut rendre hommage à la résistance de la population de Ghaza qui a réussi à faire basculer les opinions. Elle a réussi à survivre à un crime de guerre que heureusement le grand Richard Goldstone a dénoncé dans son rapport. Rendez-vous compte qu'on ne peut malheureusement pas reconstruire une seule maison parce qu'il n'y a pas un sac de ciment à Ghaza qui puisse y entrer. La satisfaction qu'on peut en tirer, c'est la résistance incroyable du peuple palestinien, ce n'est ni la diplomatie palestinienne, ni la représentation en Europe, ni la grande stratégie d'aucune direction. Je voudrais aussi saluer le courage des Suédois, alors que c'est un gouvernement de droite qui dirige le pays et qui n'a pourtant pas de relation particulière ni de proximité historique avec les pays arabes, comme l'incarnait auparavant la France. C'est peut-être grâce à cela que la Suède a été plus libre dans ses choix politiques vis-à-vis de la Palestine
Dans ce contexte, on pourrait espérer que cette décision suédoise va ouvrir la porte à une position européenne commune qui poussera les Américains, les Russes, l'Onu et les Etats arabes à engager une reprise réelle de leurs efforts dans la perspective du droit international. C'est l'aspect le plus important parce que jamais dans un conseil on a fait autant référence au droit du peuple palestinien.
La réalité, c'est qu'on peut effectuer toutes les manigances et calculs possibles, les peuples restent les propres acteurs de leur Histoire. Le sacrifice de milliers de morts palestiniens sans oublier les séquelles laissées par les bombardements. Les enfants n'arrivent plus à dormir, outre le fait qu'ils ne peuvent même pas aller se soigner en Egypte juste à coté. Mais je reste persuadé qu'on peut faire toutes les analyses stratégiques, la force d'un peuple s'impose d'elle-même.

Certains observateurs avancent que ce texte n'augure pas d'un succès sur le plan du suivi faute d'un consensus au niveau des Etats européens. Qu'en pensez-vous ?
C'est malheureusement une réalité. L'UE est encore une union d'Etats sur le plan des gouvernements. Il n'y a pas d'unité européenne. Cela viendra un jour, mais c'est encore en gestation. Ces États qui la forment n'ont pas la même position. On est dépendant de la présidence tournante de l'UE, qui de ce fait reste sujettes à des changements. A peine commence-t-on à s'habituer à un interlocuteur que celui-ci laisse sa place à son successeur. Mais, ce texte-là constitue toutefois une avancée car il est irréversible. C'est un texte important parce que Jérusalem n'est pas un problème mineur. Mahmoud Abbas, a décidé de suspendre les négociations devant la poursuite de la colonisation à Jérusalem. Il faut que cela soit suivi. Il y a aussi un paragraphe important sur Ghaza qui fait référence aux relations institutionnelles entre l'Autorité palestinienne et l'UE concernant les relations politiques et financières. Le plus urgent, c'est Jérusalem et Ghaza.

Le courage de l'UE signifie-t-il une prise en main de ce dossier alors que les USA ont marqué une volte-face historique par rapport à leur engagement fait aux Arabes ? Cela signifie-t-il aussi l'arrêt du suivisme de l'UE par rapport aux USA ?
Je voudrai tout de même saluer le courage des Européens face à une pression terrible de Netanyahu exercée sur les gouvernements européens. Comme pour les Américains, les Israéliens emploient le lobbying comme le "b.a. ba" en politique étrangère. Curieusement, cette fois il n'y a pas eu de pressions américaines sur les Européens. La nouvelle administration américaine est très différente de la précédente. Même si l'on peut critiquer sa réticence en raison de la présence de Mme Clinton, George Mitchell, alors que cette même administration a failli à ses promesses faites à l'aune de l'élection d'Obama par rapport à l'arrêt de la colonisation comme préalable aux négociations. Ils ont reculé du fait des pressions israéliennes liées à la politique interne aux Etats-Unis. En particulier, le vote au congrès pour la loi sur la réforme du système de santé et aussi pour les questions relatives aux changements climatiques. Obama a reculé parce qu'il a besoin de soutien par rapport à ses projets sur le système de santé. Le changement principal entre l'administration Bush et Obama est que Bush prônait la guerre, il a même inventé le concept de guerre préventive. Alor qu'Obama reste, malgré l'envoi de 30 mille soldats en Afghanistan, un président qui prône le multilatéralisme avec les Arabes comme partenaires et non comme ennemis.

Mais en même temps, malgré l'horreur des bombardements sur Ghaza l'année dernière, Israël reste un allié privilégié de l'Europe qui reste son premier partenaire commercial. L'issue du conflit se joue peut-être dans ce point là...
Cela fait 42 ans que les États européens disent qu'il est illégal de conquérir des territoires par la force militaire. Qu'ils respectent maintenant leurs propres engagements au lieu de faire d'Israël leur partenaire privilégié dans leurs relations euro-méditerranéennes. Cette complicité est intolérable pour les Palestiniens. Il faut reconnaitre qu'Abbas a eu assez de courage pour avoir dit, parfois contre sa population, qu'il était contre la militarisation de l'Intifada. Moi-même je n'étais pas de son avis à l'époque, mais j'ai réalisé qu'il avait raison. Il a eu toujours cette conception. Il a été toujours un homme de dialogue. On ne peut pas faire un État binational avec une société qui ne souhaite pas vivre avec nous. Le débat reste empreint de controverses dans le monde entier. Même en France, le débat ressurgit de comment vivre ensemble. Nous sommes obligés de passer par la solution des deux Etats. Nous, Palestiniens, nous savons très bien nous adapter même dans un espace très réduit. On sait également recycler. On peut recycler les colonies pour qu'ils deviennent des villages palestiniens (Rires). C'est une question de volonté politique, il y a beaucoup de place pour faire un Etat palestinien, qui je vous le rappelle, représente seulement 22% de la Palestine historique.

Le nouveau Prix Nobel de la paix Obama a-t-il été mythifié à tort ?
Je pense que l'administration Obama a mal commencé. Obama a monté les enchères très haut et maintenant il ne sait plus comment faire pour les réduire. Est-il en train de payer le fait de vouloir trop vite changer les rapports avec Israël. Lui, il a voulu le changement, mais les institutions américaines n'ont pas changé. Je veux parler du Pentagone, de la CIA et des lobbies industriels. Regardez le mal qu'il trouve à instaurer un plan de sécurité sociale dans la grande Amérique, on croit rêver ! 45 millions de citoyens aux USA sans assurance médicale. Il est trop tôt pour dire comment cela va tourner. Je pense que le Prix Nobel qui lui a été décerné l'a beaucoup desservi. On a mis la charrue avant les bœufs. Il fallait attendre qu'il fasse des gestes concrets. Je trouve étrange la décision du comité Nobel. S'il avance petit à petit en assurant les petits gains qu'il a eu, il pourra faire de bonnes choses. Il y a aussi les forces intérieures qui le pressent par rapport à son engagement dans le défi climatique. La communauté juive américaine mène un combat très rude contre Obama en vue de le faire plier et le rendre vulnérable. Si la crise se résorbe, il aura les mains libres pour revenir. C'est dans ce cas - là qu'il aura besoin des Européens. Rappelez-vous qu'on nous avait promis des changements majeurs en septembre parce qu'Obama allait faire son discours de politique étrangère à l'assemblée générale de l'ONU en présence du Quartet, d'Abbas et Netanyahu. De cet immense espoir n'est rien sorti. Netanyahu semblait fier de lui parce qu'il a réussi à mettre de son côté Obama. Israël a instrumentalisé la peur par rapport à l'arme nucléaire de l'Iran qui menace les intérêts communs des USA, de la France, de l'Angleterre et d'Israël. Je pense aussi qu'Obama doit apprendre à traduire ses discours en réalités politiques. On ne peut pas être avec Obama parce qu'il a une peau noire ! On est avec lui parce qu'il a promis de ne plus faire de guerres. De ne plus avoir recours à la torture. D'arrêter la guerre en Afghanistan et en Irak. On attend ! S'il est contre la guerre dans ces deux pays comme il l'a dit il doit être aussi contre la guerre contre la Palestine.

Le Fatah et le Hamas sont-ils sur la voie de la réconciliation ? On a vu à l'issue des négociations du Caire qu'ils étaient au bord de la rupture...
Ça me fait de la peine de parler de négociations entre deux parties palestiniennes. C'est un drame qui, avant d'être la responsabilité des Palestiniens, est avant tout la conséquence des politiques qui ont été menées par d'autres. Je veux parler de L'UE qui a organisé des élections dont elle ne reconnait pas le résultat. On a essayé de fomenter une guerre civile. Par ailleurs, la responsabilité de l'exacerbation de ce conflit interne incombe aussi à Bush qui mérit d'être traduit devant un tribunal pour crime de guerre. Il a développé cette guerre antiterroriste dans la foulée du choc des attentats du 11 septembre pour détruire l'Irak, l'Afghanistan... Dans le cadre de cette guerre antiterroriste, Sharon avait dit que "le Hamas sont mes terroristes, et Arafat mon Ben Laden". Hamas fait partie intégrante du peuple palestinien et il est stupide de le réduire à une cellule terroriste de l'Iran. Même si je ne partage pas les choix idéologiques du Hamas, il n'en demeure pas moins qu'il a joué le jeu des élections et qu'il avait le droit de gagner. Le fait d'avoir fermé la porte au Hamas alors qu'il avait fait un effort remarquable, cela a favorisé l'émergence d'un courant radical au Hamas. Concernant le Fateh, je dirai qu'il vaut mieux gagner les élections honnêtement ou bien ce n'est pas la peine d'y aller. On sait tous que certains militants sont poussés par certaines parties pour magouiller en échange d'un soutien. Cette scission démontre comment Israël a monté le Hamas pour détruire le Fateh. Cette profonde plaie est très mal vécue par tous les Palestiniens. Tant qu'il y aura cette fracture nous ne sortirons pas de l'auberge. On ne peut affronter l'ennemi en étant désuni. Cette fracture est autant idéologique que géographique. Le Fatah en Cisjordanie et le Hamas à Gaza. Le problème n'est pas de signer un papier que les Égyptiens proposent, mais il consiste à ce que les citoyens palestiniens prennent conscience qu'ils ont besoin de la réunification du corps social palestinien. Les check-points et les barrages mis en place par Israël n'ont rien à voir avec la sécurité mais ils participent à la fragmentation du tissu social.

On vient de célébrer l'anniversaire de la mort de Yasser Arafat, croyez-vous qu'il manque un personnage emblématique qu'incarnait Arafat ? On parle beaucoup de Marwan Barghouti, actuellement emprisonné en Israël et qui pourrait incarner l'union du Fatah et du Hamas ? Qu'en pensez-vous ?
Yasser Arafat nous a quittés il y a cinq ans, mais on continue toujours son projet politique. Lui qui a vu les terres occupées, qui a été expulsé de chez lui. En dépit de l'injustice, il a su faire un compromis historique. Il a accepté de bâtir un État palestinien sur 22% de la Palestine historique en échange de la paix. On continue cette lutte engagée par Arafat. Bien sûr M. Barghouti est un leader. Il a préparé le document d'entente qui est à la base de l'unité palestinienne et qui inclut toutes les couleurs politiques. J'espère qu'il sera libéré bientôt. On parle d'un échange de prisonniers entre le Hamas et Israël, j'espère qu'il sera parmi les prisonniers libérés. Il a la stature d'un président palestinien. Cette tâche n'est pas facile, la Palestine n'est pas encore un État, et même si on aura enfin notre État, ce ne sera pas un État comme les autres, du fait de l'ennemi israélien qui est toujours là malheureusement et du défi international de grande ampleur La Palestine ne manque pas d'hommes ou de femmes capables de tenir ce rôle. Ce n'est pas tant un problème de personnalités, mais l'enjeu actuel est ce processus politique qui n'avance pas du tout. La volonté politique au niveau international n'y est pas. Le gouvernement israélien est de plus en plus à droite. Les Israéliens croient sincèrement que la Palestine historique leur revient de fait. Ils ne reconnaissent pas le droit des Palestiniens. C'est grave. La responsabilité de la communauté internationale est plus que jamais exigée pour apporter la paix et non pas pour maintenir un processus de paix sans fin.

Quelle lecture faite-vous des conclusions du rapport Goldstone ?
Ce rapport est une victoire parce qu'il est la seule reconnaissance de la tragédie de Ghaza. Il dit que le siège n'a pas été levé, maintenant le peuple palestinien est plus assiégé qu'avant le massacre. Il y a moins de moyens de survie qu'avant le massacre. Le seul sentiment de semblant de justice rendu aux familles des victimes, c'est les preuves de crimes de guerre et la demande express qu'on aille à la Cour pénale internationale. L'impunité d'Israël sera cassée là-bas. C'est un juge international qui le dit. Il a l'honnêteté de relever aussi les tirs du Hamas. C'est son droit, il est juge.

Ne craignez-vous pas qu'il demeure lettre morte comme toutes les résolutions de l'ONU ?
Comme cela a été le cas pour l'Algérie, les luttes des peuples passent par l'accumulation des droits que les peuples remportent. Il est vrai qu'il y a de plus en plus de citoyens palestiniens, israéliens, européens et américains qui ne croient plus en la solution d'un État palestinien. Sur le terrain, l'extension des colonies, du mur, des routes de détournement, les camps militaires et des zones industrielles militaires israéliennes, cela est devenu un véritable gruyère. Il faut regarder toujours les images du mur de Berlin. Pour se rappeler que c'est uniquement une question de volonté. On peut démanteler le mur tout comme on peut récupérer les unités de logements des colonies pour y loger tous les Palestiniens réfugiés. Les routes qu'ils ont réalisées, on sera très heureux de rouler et de conduire dessus. Tout ce qu'il faut dire, c'est que l'Etat d'Israël s'arrête aux frontières de 1967 comme le préconisent les conclusions du Conseil européen des ministres des Affaires étrangères.

L'opinion publique se radicalise en Israël avec la montée de l'extrême-droite qui a de plus en plus d'échos dans la société israélienne. Qu'en pensez-vous ?
Je pense qu'il se passe quelque chose d'absolument tragique dans la société israélienne. La situation actuelle en Israël nous rappelle la veille de la montée du fascisme en Allemagne. Une société riche où l'intérêt de l'argent est tel qu'on s'assassine entre familles, où les mafias se sont installées. Fondamentalement entre une élite qui se dit "bien pensante" et la masse il y a un tel écart que 99% de la société reste aveugle à la tragédie palestinienne et ne reculera devant rien, même pour déclencher une guerre contre l'Iran pour continuer sa fuite en avant. Ce débat sur l'Iran est tellement important. Pour Netanyahu, il n'y a qu'une porte de sortie envisageable. Depuis les conclusions des ministres des Affaires étrangères favorables à la Palestine début décembre, quarante-huit huit heures après on a voté à la Knesset un référendum en Israël pour demander aux gens s'ils sont d'accord pour que Jérusalem soit la capitale de deux Etats, on imagine bien que 99,99% allaient dire "non". Ils ont également demandé aux personnes s'ils sont contre le retrait des territoires occupés. Pareil, la grande majorité a dit "non". Après, on va nous dire, comme l'Etat israélien est la seule démocratie du Moyen-Orient, il faut respecter le souhait de la population qui est contre le retrait. Et là, la seule porte de sortie de Netanyahu serait de faire une fuite en avant en déclenchant une guerre contre l'Iran. C'est ma hantise. On ne peut pas laisser passer les insinuations israéliennes de guerre contre l'Iran.
Quand on voit le nombre d'heures réservées aux réunions de stratèges américains et israéliens et européens, je ne sais pas qui va arrêter Netanyahu. Obama n'a-t-il pas les moyens de retenir une pareille folie, sachant que la société israélienne est dans une telle crise. Il ne faut pas oublier l'immigration venue de l'ancien bloc de l'URSS, qui est raciste est fier de l'être, ils parlent russe entre eux, ils renoncent à parler l'hébreu, avec un chauvinisme terrible et qui ne comprend que la culture dans laquelle ils ont vécu selon laquelle, celui qui a le plus d'armes gagne. Ce sont 20% de la société israélienne. Ces colons tirent sur l'armée israélienne qui veut appliquer sporadiquement le gel des colonies.
Ils sont persuadés que le dialogue ne peut pas se faire avec une Palestine qui n'a pas de char ou d'avion militaire. Comment voulez-vous parler de paix avec ces gens-là. De ce fait, l'espoir reste mince.

Comment jugez-vous les interventions et les offres de paix des chefs d'Etat arabes ?
L'initiative arabe a commencé en 2002 avec le sommet de Beïrouth. Déjà il y a eu un prélude aux massacres de Ghaza de 2008 puisque le 22 mars, Sharon prétextant un attentat à Nahariyya, a occupé Ramallah, assiégé Arafat et détruit tout ce que l'Autorité palestinienne avait construit depuis le début d'Oslo comme ministères, municipalités, hôpitaux, etc. En réalité c'était pour couper court à l'initiative arabe. Tous les Arabes avaient fait un immense effort, y compris ceux réputés pour leurs réticences quant à une normalisation avec Israël, avaient offert une paix totale sur un plat, avec tout ce que cela implique comme risque par rapport à leurs opinions nationales. Le lendemain, les chefs d'Etats arabes ont remis dans leurs poches le document qu'ils avaient signés la veille parce qu'aux yeux de leurs peuples, ils se rendaient complices des attaques de Sharon contre la population palestinienne. La proposition des pays arabes n'est revenue qu'après le départ de Sharon. Abbas a réussi à convaincre l'émir d'Arabie Saoudite, qui était l'auteur de l'initiative arabe de peser en tant que marché économique des pays occidentaux, alliés stratégiques dans la région face à l'Iran de proposer de nouveau le plan arabe. C'est ce qu'il a fait, lors de la Conférence islamique, de tenter de hisser le plan arabe au niveau des pays musulmans. Un retrait des territoires contre une normalisation des relations avec Israël et une solution négociée du problème des réfugiés. Mais, il n'y a pas eu de réponse. La réalité est que leur avantage est que Jérusalem doit rester une citadelle assiégée et continuer à faire culpabiliser le monde d'un génocide qui a été perpétré en Europe et de demander aux Américains de les armer pour se défendre contre l'Iran, qui aurait des ambitions dans la région. L'initiative de paix c'est bien, mais il faut se poser la question sur ce que font les Arabes pour les Palestiniens. Faut-il prendre au sérieux les sommets arabes ? Ce sont malheureusement des lieux où les Arabes se bagarrent plus qu'ils ne pensent à la paix pour les Palestiniens. Il y a un chiisme chez les Arabes au niveau des gouvernements. Ce chiisme s'appelle la guerre du Golfe. Elle a divisé le monde arabe comme avec une hache. Actuellement, il y a trois mondes arabes. Le Macherek qui est directement dépendant de la paix avec Israël, le Maghreb qui est le futur marché pour les Occidentaux à conquérir dans le cadre de la mondialisation et les pays du Golfe qui sont sur une planète où il a des palmiers et des tours d'argent qui viennent de se réveiller quand la bulle financière a explosé (Rires). Cette scission a fait que la Palestine ne figure plus parmi les priorités des régimes arabes. Le Macherek, seul n'a pas de poids. Et encore, même les 22 réunis n'ont pas la capacité économique d'Israël parce que leur pétrole n'est pas utilisé là où il faut. Alors divisés en trois c'est encore pire. Il y a une crise très profonde inhérente à l'identité réelle. Beaucoup plus qu'en France, ni en Europe qui est fictive (Rires). Il y a lieu d'approfondir une réflexion pour savoir où est la place de la religion dans nos sociétés. Nous avons des régimes qui sont peu démocratiques, une crise de société réelle et il y a de plus en plus un écart immense entre l'opinion publique arabe et les dirigeants. Ne voyant pas de forces laïques de leurs gouvernements à l'horizon, ils vont les chercher chez les islamistes. Ils croient absolument qu'en bombardant des tours, Ben Laden rend service à la Palestine. C'est tragique. C'est ce qui a fait le plus de tort à la Palestine depuis 40 ans. Dans ce contexte, il y a une immense responsabilité des dirigeants arabes. De ce fait, une révolution démocratique s'impose dans le monde arabe qui sera la clé de voute de l'aboutissement de la cause palestinienne.
Je dirai qu'il y a un État qui m'impressionne plus que tous les autres Etats arabes. C'est la Turquie. Cet Etat agit avec beaucoup d'intelligence sur le plan intérieur comme sur le plan extérieur. Il a su prouver qu'on peut être un pays musulman et intégrer la modernité dans la gestion des affaires de l'Etat. Sur le plan stratégique, la Turquie est en train de devenir une grande puissance. Elle a signé un accord de défense commun avec la Syrie et l'Irak. Elle a des relations privilégiées avec l'Iran. Une formidable leçon pour les Européens. Une stratégie intelligente parce que l'Europe aura besoin des amis de l'Iran comme la Turquie pour dialoguer avec lui. Sur un plan intellectuel, les Turcs sont entrés dans une ère de modernité, ils ont trouvé une solution à l'islam radical. C'est une leçon pour les Arabes aussi. Les Turcs sont une aubaine pour les Européens à ne pas rater. Ils sont un pont sur le plan du dialogue stratégique avec l'Iran, l'Afghanistan mais aussi avec la Palestine. La Turquie a pris les distances qu'il faut par rapport à Israël pour bénéficier de ce statut.

De notre bureau de Paris : Mounir Cheriffa

mercredi 01 décembre 2010 18:00 , dans Entretien


Au lendemain de la commémoration du 17 octobre 1961 : Les "nostalgériques" créent leur fondation

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Au lendemain de la commémoration  du 17 octobre 1961 

Les "nostalgériques" créent leur fondation

Mounir Cheriffa

Midi Libre, bureau de Paris, édition du 17/10/2010

Ce mardi, 19 octobre la fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie verra le jour. Une date loin d'être fortuite puisqu'elle intervient presque jour pour jour avec la célébration du triste anniversaire des massacre du 17 octobre 1961 où des algériens furent jetés à la Seine par la police de Papon. Point de hasard également concernant l'annonce par le secrétariat d'Etat à la Défense et aux Anciens Combattants par un communiqué indiquant l'installation aux Invalides le 19 octobre prochain la Fondation pour la mémoire de la Guerre d'Algérie, alors qu'au même moment le film « Hors la loi » de Rachid Bouchareb sort sur les écrans français.

Prévue dans la loi du 23 février 2005 qui glorifie le colonialisme, cette institution de la fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie est composée d'association de Harkis, d'anciens militaires de l'armée française en Algérie et de Pieds Noirs. La fondation avait été promise par Nicolas Sarkozy le 31 mars 2007 alors qu'il était candidat à la présidentielle. Sarkozy avait souhaité « la création rapide » de cette fondation en précisant qu'elle serait « dirigée par les rapatriés pour les rapatriés ». Un argument qui a payé. Sarkozy rafle un électorat traditionnellement acquis a Front National.

Une fois élu, Sarkozy tient sa promesse faite à son électorat d'anciens de l'Algérie française en relançant le projet de la fondation le 5 décembre 2007. De retour de son voyage en Algérie, il reçoit les associations d'anciens combattants d'Afrique du Nord et de rapatriés harkis et place le projet de la fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie sous le signe de la « réconciliation des mémoires ». Sauf que le rôle de cette fondation jette le doute sur l'objectif assigné à la « réconciliation des mémoires », biaisé qu'il est par une mémoire sélective, partisane et particulièrement chauvine pour prétendre à la réconciliation. A quelle réconciliation aspire-t-on quand cette fondation continue dans le déni de vérité historique ? Une réconciliation à ce prix là ne saurait être pérenne en sachant que cette fondation confirme le rôle primordial réservé aux nostalgiques de l'Algérie française , militaires ou pieds-noirs.

Hubert Falco, Maurice Faivre et autres extrémistes de la mémoire

C'est Hubert Falco qui a été chargé de mettre cette fondation en place. L'origine varoise (département du Var, dans le sud de la France) du secrétaire d'État aux anciens combattants a sans doute joué en sa faveur, les élus du Var étant connus pour savoir ménager les nostalgiques de l'Algérie française. De plus de se targuer « premier département militaire de France », le Var compte un nombre important de rapatriés d'Algérie installés après l'indépendance. Hubert Falco s'est placé comme un acteur important dans la féroce attaque contre le film « Hors la loi ». Dans le courant de l'année 2009, Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, craignant que le film ne soit sélectionné sous les couleurs françaises à Cannes, avait saisi Hubert Falco, secrétariat d'État aux anciens combattants, pour obtenir un « avis historique » sur le projet de Rachid Bouchareb. Hubert Falco s'était alors tout naturellement adressé au service historique de la Défense dont le responsable, le général Gilles Robert, devait délivrer un jugement sévère sur le scénario.

Que dire aussi de Maurice Faivre ? Général connu comme l'un des principaux auteurs du « Livre blanc de l'armée française en Algérie », publié en 2001, aux éditions Contretemps. Cet ouvrage contient « Le Manifeste des 521 officiers généraux ayant servi  en Algérie », un texte qui oppose « l'oeuvre civilisatrice de la France aux crimes du. Ce texte qu'il a remis au Premier ministre en septembre 2003 a servi de base à FLN » l'élaboration de la loi du 23 février 2005, il est le seul qui soit mentionné comme « historien », les 99 autres personnes étant membres du Haut conseil des rapatriés ou responsables d'associations du lobby pied-noir.

Les historiens disent non !

Quelques précision ont été apportées par le journal « La Croix » sur la composition de cette fondation. Son conseil d'administration de 18 membres sera composé de plusieurs « collèges ». Trois associations d'anciens combattants « les Gueules Cassées », la Fédération Maginot et le Souvenir français. Cinq personnes pour le gouvernement. Quatre personnes choisies en raison de leurs compétences par les deux collèges précédents et les amis de la fondation ainsi que trois personnes désignées toujours par les deux premiers collèges. Chacune des trois associations apportent plus de 60% du budget total de 3 millions €. Elle sera présidée par un ancien général de l'armée française ayant combattu en Algérie. La fondation veut se doter d'un conseil d'historiens, mais à ce jour, aucun d'entre eux n'a encore accepté d'associer son nom à cette fondation. Un collectif d'historiens avait rejeté le projet de cette fondation en 2007.« Une fondation pour la mémoire n'est pas une fondation pour l'histoire. Les historiens ne sont pas là pour entretenir une quelconque nostalgie, ni produire des travaux se pliant aux seuls souvenirs de témoins » , écrivaient-ils.

« En réalité, depuis son origine, ce projet est orienté. Il est motivé par des visées électoralistes pour soigner un public, encore assez puissant, de nostalgiques de l'Algérie française, proches du Front national. Avec cet outil, on va fortifier les ultras. En ligne de mire, il y a évidemment l'élection présidentielle de 2012 » , soutient l'historien Jean-Charles Jauffret. Dans le même sillage, l'historien Daniel Hémery lui emboîte le pas indiquant que cette fondation « ne sera pas une institution de connaissance de l'histoire». Mais une institution organisatrice de sa méconnaissance

M.C

vendredi 26 novembre 2010 17:45 , dans Histoire et mémoire


Une cérémonie pour les victimes françaises de la guerre d'Algérie : Indécente concurrence mémorielle

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Une cérémonie officielle pour "honorer les vicitimes françaises" en marge du film "Hors la loi"

Indécente concurrentielle mémorielle !

Par Mounir Cheriffa, Midi Libre-bureau de Paris

Edition du 22 mai 2010

Objet de polémique depuis plus d'un mois, le long métrage Hors La Loi de Rachid Bouchareb a été projeté hier au festival de Cannes sur fond de manifestation. Si le film traite de la Guerre d'Algérie, les manifestants étaient là pour perpétuer une guerre des mémoires. Arborant de grands drapeaux français, ils étaient près d'un millier, selon la police, à manifester en marge de la projection du film Hors la loi de Rachid Bouchareb au Festival de Cannes. Répondant à l'appel d'un collectif constitué de parlementaires, anciens soldats, pieds noirs, harkis, les manifestants ont déposé une gerbe devant le monument aux morts de la ville de Cannes à la mémoire des «victimes françaises».
L'extrême droite avait promis de parasiter la cérémonie de projection du film Hors la loi de Bouchareb. Elle a pu compter en cela sur l'appui du maire de Cannes, mais également sur la présence du sous-préfet, représentant de l'Etat, qui s'est joint à la manifestation en déposant une gerbe, à la demande du secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Hubert Falco en l'honneur des «victimes françaises» de la Guerre d'Algérie et des massacres du 8 Mai 1945. Ce qui donne des airs officiels à la «croisade» promise par l'extrême droite. Et pour ce faire, tous les moyens sont «bons» pour se faire entendre. Quitte à faire dans la concurrence mémorielle. «Une cérémonie du souvenir organisée en hommage aux victimes françaises de la Guerre d'Algérie a été voulue par la municipalité de Cannes afin de marquer (...) son attachement à la mémoire de nos compatriotes civils et militaires», écrit la mairie de Cannes. Et de poursuivre : «A cette occasion, la municipalité entend manifester son soutien et sa solidarité à l'égard des anciens d'Algérie, blessés et offensés par l'altération des événements ayant inspiré la fiction du film Hors-la-loi. La décision d'organiser une cérémonie commémorative a été prise il y a deux  semaines, au vu de l'émotion suscitée, avant même sa projection, par le film de Rachid Bouchareb Hors-la-loi, en compétition officielle, sous pavillon algérien, au Festival international du film», ajoute Bertand Brochand, maire UMP de Cannes.
Si les détracteurs arguent que le film est antifrançais, ce qui les gêne en réalité c'est que le film va à l'encontre du mythe de la gloire coloniale érigée en valeur républicaine en France. Rappelons que douze intellectuels avaient signé une déclaration commune condamnant «un retour en force vers la bonne conscience coloniale» tandis que la Ligue française des droits de l'Homme avait dénoncé les tentatives de «pressions» qui s'apparentent à une «censure des œuvres ayant trait à la Guerre d'Algérie» qui dérogeraient à la «vérité officielle».

Bouchareb : «L'abcès est crevé, maintenant débattons !»


Après Lionel Luca, qui a allumé la mèche de la polémique autour du film de Bouchareb l'accusant de vouloir «falsifier l'histoire», le maire de Cannes est la deuxième personnalité du parti de Sarkozy à partir en guerre contre ce film sélectionné au Festival de Cannes sous pavillon algérien. A ce niveau, ce n'est plus une position de quelques députés UMP «égarés», mais ça a tout l'air d'un consensus exprimé par le parti de Sarkozy. Du moins, si les détracteurs n'ont pas été rappelés à l'ordre, cela voudrait dire qu'il s'agit d'une position défendue par le parti de Sarkozy. La démarche belliqueuses de ces «ultras» va-t-en guerre, qui utilisent cette énième polémique pour continuer la Guerre d'Algérie, a été dénoncée récemment par le député du parti socialiste, Arnaud Montebourg. Si les détracteurs du film l'accusent d'être pro-FLN, ce n'est pourtant pas un sentiment partagé par le ministre de la Culture, Fréderic Mitterand qui juge le film équilibré.
De son côté, le réalisateur Rachid Bouchareb a indiqué, au cours d'une conférence de presse après la projection de son film : «Maintenant que l'abcès est crevé, nous pouvons débattre dans la sérénité, cela pourrait aider à avancer dans le débat du passé colonial de la France», a-t-il soutenu.

Par : Mounir Cheriffa

dimanche 05 décembre 2010 18:22 , dans Histoire et mémoire


L'UPM, un OVNI pour les pays arabes

Blog de mounir-cheriffa :Blog de Mounir CHERIFFA- Press-book, L'UPM, un OVNI pour les pays arabes
Barah Mikail, Chercheur à l'IRIS, spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient
«L'UPM reste un OVNI pour les pays arabes»

Par Mounir Cheriffa, Midi Libre-bureau de Paris

Edition du 14 julllet 2009

Alors que l'Union pour la Méditerranée (UPM) fête son premier anniversaire, l'on est loin de pouvoir afficher un satisfecit entier devant ses évolutions.

Si lors de sa naissance, moult spécialistes ont averti sur l'absence de projets concrets fédérateurs, un an après, le flou persiste encore exacerbé par le génocide de Ghaza en décembre 2008 et la crise économique mondiale.
Laquelle crise a frappé les Etats du Sud engendrant par là un ralentissement substantiel de leur croissance (2,7% de moyenne régionale selon les prévisions pour 2009, contre généralement 4,5 à 6 % au cours des dernières années), alors qu'au Nord, plusieurs pays sont en récession, et cela comprime les marges budgétaires, dont celles, en premier lieu, dédiées à la coopération.
Mais au-delà de la crise économique, ce qui bloque réellement l'évolution de l'UPM ce sont des freins inhérents à une divergence d'intérêt entre l'Occident et l'Orient dont l'UPM en est une illustration de ce clivage. Car pour le chercheur de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), Barah Mikail, trois facteurs restent au demeurant subordonnés à la réussite de l'UPM : « La cohésion, la crédibilité et le facteur temps ». Collaborant à un dossier spécial UPM à la faveur de son premier anniversaire, le chercheur de l'IRIS relève que « la faveur des Arabes ne va ainsi en rien à la consolidation de l'UPM. Cela est vrai du point de vue des opinions publiques arabes, qui ne voient à travers ce projet qu'un OVNI qu'ils perçoivent - à tort ou à raison - comme la seule expression d'un Occident cherchant à se donner bonne conscience en créant l'illusion d'un engagement fort et vertueux sans pour autant que ce sentiment soit franc ». Ajoutant dans ce sillage que «les gouvernants arabes, dont les conceptions en termes d'intérêt national demeurent plus fortes que tout projet promu par les Européens, voient mal comment composer sérieusement avec une Union européenne qui n'a pas de lignes politique et diplomatique claires, empêtrée qu'elle est le plus souvent dans les contradictions de ses 27 agendas nationaux», analyste-t-il. A défaut de ligne claire, il apparait, ajoute-t-il, au moins la nécessité de ne pas laisser aux Etats-Unis, la Chine ou encore la Russie une marge de manœuvre sur son flanc considéré comme une zone d'influence.
Illustrant davantage les incohérences dont font preuve les pays du Nord, le chercheur explique qu'à ce titre les gouvernements arabes en général ont d'ores et déjà des réponses toutes faites aux revendications que seraient susceptibles de leur faire valoir les Européens. «Qu'on les rappelle à l'ordre sur les questions de la démocratie et des droits de l'Homme et ils sauront insister sur le scandale que constitue à leurs yeux la main libre laissée à Israël dans son approche de la question palestinienne. Qu'on leur demande de s'en tenir à une délimitation territoriale et frontalière claire, notamment concernant le problème du Sahara Occidental ou encore du tracé de la frontière entre la Syrie et le Liban et ils ne manqueront pas de rappeler combien il est abusif à leurs yeux de voir l'Etat hébreu perpétuer son occupation de plusieurs terres arabes. Qu'on leur demande de faire des efforts en matière de lutte anti-corruption et ils pourront toujours trouver maints exemples démontrant que les pays européens sont loin d'être vierges en termes de transparences financière et gestionnaire. (...) Néanmoins, le malaise est bel et bien là, et il convient de le pointer à travers ses réalités», reconnait-il. «Les Occidentaux, soient-ils européens ou non, sont décrédibilisés aujourd'hui, chose qu'ont favorisé pour beaucoup les frasques régionales de l'administration Bush et l'incapacité de l'Union européenne à leur opposer un contrepoids. Ainsi, le pourrissement de la situation israëlo-palestinienne incarne toujours aussi bien un facteur majeur apte à être approprié par les gouvernements cherchant à pointer l'existence de contradictions occidentales», explique le spécialiste.
Pour autant, selon Barah Mikail, «la cohésion politique a en effet une grande importance ici ; mais cela ne va cependant pas sans l'investissement du facteur temps. En l'espace d'un demi-siècle, la construction européenne a avancé, certes, mais sans pour autant que les questions politiques et économiques puissent prétendre à l'égalité. On comprend mal comment, dans ce cas, les Européens peuvent, avec toutes ces questions qui les séparent, exiger des Arabes de faire aussi bien, voire mieux qu'eux, qui plus est sur une échelle temporelle réduite ». Pour autant, sur l'évolution de l'UPM, le chercheur reste tout de même quelque peu nuancé, mettant en avant le manque de mâturité de cet ensemble. Selon lui, «il serait à bien des égards erroné de dire que le projet d'UPM a vécu. Evidemment, ses avancées demeurent chaotiques et parfois incertaines. Mais il est toujours d'actualité, et la majorité des pays du sud et de l'est de la Méditerranée affichent un intérêt certain en sa faveur. Certes, leurs motivations ne sont pas les mêmes que celles défendues par les porteurs européens du projet ; cela étant dit, pas un Etat sud et est-méditerranéen - ou presque - ne prône pour autant une pleine rupture de ses relations avec les Européens. Ce qui permet toujours de croire en une marge de manoeuvre exploitable », prédit Barah Mikail.

L'UMA planche de salut de l'UPM


Mais pour prétendre dépasser ses clivages, il apparait d'autant plus urgent qu'incontournable que la survie de UPM passe par la relance de l'UMA, estime de son côté Rachid Khechana, rédacteur en chef de l'hebdomadaire tunisien Al Maoukif. Co-rédacteur de ce dossier spécial UPM, il mise en cela sur le rôle «facilitateur» de l'UE, et ce, par différents canaux, pour rester dans l'esprit des accords de partenariat et «être en harmonie avec cette dimension humaniste qu'elle présente comme étant l'une des matrices de son action et de son discours politico-civilisationnels».
Cette intégration horizontale tant souhaitée par les peuples des pays du Sud s'impose aujourd'hui comme la planche de salut face aux retombées néfastes de la crise mondiale. Les études montrent que l'intégration du Maghreb permettra d'enregistrer deux points de plus de taux de croissance, ce qui contribuera à la lutte contre le chômage et à l'amélioration des économies des cinq pays.
«Obéissant à une géométrie variable, le partenariat entre les rives Nord et Sud de la Méditerranée n'a pas encore donné de résultats probants en dépit de près d'un quart de siècle de formules réinventées depuis les fameux accords multifibres de 1976 avec la CEE», relève-t-il. Ainsi, selon lui, le salut de l'UPM passe par une approche plus sociale et humaine concernant les flux migratoires, néanmoins facteur avéré de développement économique. Or, aussi bien le processus de Barcelone (1995) que l'Union pour la Méditerranée (2008) ont éludé cette question fondamentale et l'ont confinée dans une approche strictement sécuritaire, souligne-t-il.
En définitive, il ressort que l'éphémère expérience de l'Union pour la Méditerranée a conduit à un nouveau désenchantement chez les élites et les peuples de la rive Sud face à ce «grand projet de civilisation» qui vient buter, encore une fois, sur les rebondissements du conflit arabo-israélien, avance Rachid Khechana. Dans ce sillage, il subordonne l'UPM à une approche nouvelle des questions relatives à la sécurité, à la stabilité et à la paix passant par une recomposition des équilibres géostratégiques et une reconsidération de fond des facteurs de puissance et des vecteurs pouvant servir de base à un règlement pacifique, équitable et permanent du problème palestinien. Sans quoi, la nouvelle Union est vouée au même sort que le processus de Barcelone, le groupe 5 + 5 et les autres tentatives de dialogue Nord-Sud, prédit-il. M.C.

lundi 06 décembre 2010 17:30 , dans Politique


Michel Chossudowsky : « Israël confisque les gisements gaziers des palestiniens »

Blog de mounir-cheriffa :Blog de Mounir CHERIFFA- Press-book, Michel Chossudowsky : « Israël confisque les gisements gaziers des palestiniens »
Michel Chossudowsky, Directeur du Centre de recherche sur la mondialisation
« Israël confisque les gisements gaziers des palestiniens »

Par Mounir Cheriffa, Midi Libre-bureau de Paris

Edition du 4 février 2009

60 % des réserves gazières le long de la côte de Ghaza et d'Israël appartiennent à la Palestine. Israël, qui est passé maître dans la transgression du droit international, a cherché par tous les moyens à mettre en pratique un plan visant à casser cet accord.

Après avoir spolié les terres, affamé déshumanisé et massacré une population, voilà qu'Israël confisque maintenant les gisements gaziers des palestiniens. En cela, l'agression israélienne sur Ghaza qui s'est soldée par un infâme génocide de 1500 âmes a été directement dictée par des motivations stratégiques dont la finalité est de faire main basse sur les gisements gaziers palestiniens situés au large de la bande de Ghaza. Et pour arriver à ses desseins, Israël a planifié une machiavélique stratégie à long terme visant à écarter la possibilité de création d'un Etat palestinien qui lui donnerait de facto la souveraineté sur ses réserves off-shore. C'est ce qui ressort d'une recherche effectuée par le Docteur Michel Chossudowsky, directeur du centre de recherche sur la mondialisation. Cette publication mise en ligne sur le site du centre dévoile ainsi les objectifs visés par l'état hébreux derrière l'agression militaire sur Ghaza et de sa prétendue guerre contre le Hamas. Pour Israël, connivence de la communauté internationale aidant, la fin de s'octroyer les réserves énergétiques des palestiniens justifierait tous les moyens, mêmes les pires, avance le chercheur. Pour étayer ses dires, il relève que la stratégie d'Israël consiste, outre torpiller la création de l'Etat palestinien, est, de surcroit maintenir la population dans un état de dépendance économique. Pour cela, la stratégie consistait à « priver les palestiniens de leurs ressources énergétiques, découvertes en 2000 par British gaz (BG). Un accord fut alors signé par l'autorité palestinienne et la compagnie BG afférent à l'exploitation de ces gisements off shore au profit de l'autorité palestinienne ».
Et de préciser : « BG Group a foré deux puits en 2000 : Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2. British Gas estime que les réserves sont de l'ordre de 1,4 billions de pieds cubes (plus de 39 milliards de m3), évaluées à environ 4 milliards de dollars. Ce sont les chiffres publiés par British Gas. La taille des réserves de gaz palestiniennes pourraient être bien plus importantes », ajoute-t-il.

Qui contrôle le gaz palestinien ?
Il convient de noter que « 60 % des réserves gazières le long de la côte de Ghaza et d'Israël appartiennent à la Palestine », estime le chercheur. Non satisfaite par cette configuration, Israël, qui est passé maître dans la transgression du droit international, a cherché par tous les moyens à mettre en pratique un plan visant à casser cet accord.
La question de la souveraineté des gisements gaziers au large de Ghaza est d'autant plus cruciale pour Israel qu'elle met à nu sa détermination à remettre aux calendes grecques le processus de paix et par là même écarter l'éventualité de la création d'un Etat palestinien. « Non satisfaite par le partage établi auparavant, Israël a voulu mettre tous les moyens pour rendre les accords conclu entre Yasser Arafat l'autorité palestiniennes et la compagnie British Gaz caducs ». Pis encore, non seulement Israël décida d'auto proclamer de facto sa souveraineté sur les réserves palestiniennes, mais encore Tel Aviv écarte toute possibilité de partager les revenus avec la Palestine, relève-t-il.
« La mort de Yasser Arafat, l'élection du Hamas au gouvernement et la débâcle de l'Autorité Palestinienne ont permis à Israël d'établir un contrôle de facto sur les réserves de gaz offshore de Gaza.

British Gas (BG Group) a eu à traiter avec le gouvernement de Tel-Aviv. De son côté, le gouvernement du Hamas a été court-circuité en ce qui concerne l'exploration et la reconnaissance des droits sur les gisements gaziers.
La victoire électorale du Hamas en 2006 a favorisé la débâcle de l'Autorité Palestinienne, qui est devenue confinée à la Cisjordanie, sous mandat du régime de Mahmoud Abbas. Une équipe de négociateurs israéliens a été constituée par le Cabinet israélien pour arriver à un accord avec le BG Group en court-circuitant à la fois le gouvernement du Hamas et l'Autorité Palestinienne », indique le chercheur.
Aussi surprenant que cela puisse paraitre, cette option reçoit le niet de Sharon qui oppose son véto. Une fois élu, Ehud Olmert proposa alors d'acheter le gaz palestinien auprès de l'autorité palestinienne. Cette proposition est vite balayée d'un revers de main par le cabinet de sécurité arguant qu'elle servirait à financer le Hamas, si toutefois le parti de Haniyeh venait à gagner la présidentielle. La parade fut trouvée. Au lieu d'acheter le gaz palestinien à l'autorité palestinienne, «Olmert propose de le payer en services et biens », explique M. Chossudowsky.
Or, « la raison à peine voilée consistait bien évidemment à maintenir la Palestine en état de dépendance économique ».

Derrière l'agression, la conquête des gisements
Coup de théâtre. Face à cette situation confuse, British Gas a préféré plier bagage et claquer la porte en fermant son bureau de Tel Aviv. Dès lors, Olmert ne voyant plus de solution que de reconfigurer la carte maritime des gisements off- shore, de manière à transférer la souveraineté de l'autorité palestiniennes au profit d'Israel. Olmert propose en 2007 un accord à BG qui prévoit d'acheminer le gaz des gisements de Ghaza vers le port d'Ashkelon reliant au couloir de transport énergétique d'Israël, qui se prolonge du port d'Eilat, port maritime terminal du pipeline sur la Mer Rouge, au terminal du pipeline à Ashkelon, et vers Haïfa au nord. Le corridor se rattacherait éventuellement par un pipeline israélo-turc, actuellement à l'étude, au port turc de Ceyhan.
«Ceyhan est le terminal du pipeline Trans-Caspien Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) », indique M. Chossudowsky. Tout cela, au nez et à la barbe des palestiniens, contraints à assister, la mort dans l'âme, à un détournement de leurs propres gisements gaziers. Mais, il se trouve que BG tourne le dos à Tel Aviv, refusant d'être partenaire du plan Olmert.
En prenant les rennes du pouvoir suite à la mort de Sharon, Olmert profite pour mettre de coté la frilosité dont a fait preuve son prédécesseur et passe à l'acte. Après moult négociations, priant BG à revenir à la table des négociations, rien n'y fit. Devant le flou juridique qui entoure l'exploitation des gisements, BG décide ne pas se mouiller davantage. Faute d'accord avec BG, commence alors l'effroyable plan d'invasion militaire de la bande de Ghaza. Olmert décide alors de mettre en branle, le 27 décembre 2008, l'opération militaire « plomb durci ». Un plan d'invasion militaire de la bande de Ghaza mûrement réfléchi visant une militarisation du large de celle-ci en vue de «confisquer ses gisements gaziers off-shore ». Le but pour Israel était donc de s'autoproclamer, par la force et avec le soutien de la communauté internationale, propriétaire des gisements off shore de Ghaza. « À quoi pouvons-nous nous attendre après l'invasion? Assisterons-nous à la militarisation de la totalité du littoral de Ghaza, lequel est stratégique pour Israël ? », S'interroge-t-il. Dans ce conflit israélo-palestinien, ce n'est pas seulement une simple bagarre autour d'une parcelle de terre, mais bien d'une stratégie machiavélique entreprise par Israël où le contrôle des gisements reste l'objectif non avoué par Israël est largement soutenue par l'Union Européennes et les Etats-Unis.
D'où le rehaussement du statut d'Israël par rapport à l'UE. Cette dernière voit d'un bon œil Israël devenir un gros fournisseur de gaz dans la région, ce qui lui assurerait une sécurité énergétique au moment même où la Russie premier fournisseur de l'Europe, n'incarne plus un partenaire fiable.
Le tout était de savoir comment établir un arrangement pour court-circuiter l'autorité palestinienne et signer de nouveaux accords en catimini avec BG visant à déclarer d'une manière unilatérale et en connivence avec les « grands » de ce monde, l'intégration pour s'approprier les réserves gazières. Aux grands dam des palestiniens qui se retrouvent ainsi spoliés de leurs terres, affamés, assiégés dans un ghetto à ciel ouvert, interdits de s'auto-suffire économiquement puisqu'ils sont privés de leurs propres ressources énergétiques qui leur garantiraient une situation économique viable, à même de leur permettre d'ériger un Etat digne de ce nom.
M.C.

Par : notre correspondant à Paris Mounir Cheriffa

mercredi 01 décembre 2010 19:40 , dans France-Palestine


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